Couvade et covid (2)

J8 : J’entame ma deuxième semaine d’attente et les premiers jours de confinement avec une relative bonne humeur. J’ai envie de croire que les symptômes que je ressens : légère nausée, fatigue, quelques légers tiraillements dans le ventre sont ceux de la grossesse qui s’installe. Le soleil qui perce derrière les nuages me met du baume au coeur et j’ai une grande chance de pouvoir en profiter sur notre balcon. Je passe la journée à préparer « la continuité pédagogique » pour mes élèves. J’appelle les familles et c’est agréable de pouvoir parler avec chacune d’elles. Je m’inquiète vraiment pour mes élèves que je sais confinés dans de tous petits appartements avec parfois 5, 6, 7 personnes ensemble, et pas forcément grand chose de plus que la tablette ou la télé pour passer le temps….

J9 : Je discute une bonne heure avec ma copine enceinte, elle me dit qu’elle donnerait tout pour avoir mon appartement et son balcon. Je lui réponds du tac au tac que je donnerais tout pour avoir ce qu’elle a dans son bidon. Dans l’après-midi, Mr Patient sort pour aller faire quelques courses. J’hésite à l’accompagner. Mais la raison l’emporte. Limitons les risques de contamination pour nous et les autres. Et tous les soirs, désormais c’est rendez-vous à 20h sur les balcons et aux fenêtres pour applaudir les équipes médicales pour tout ce qu’elles font pour nous. J’en ai les larmes aux yeux.

J10 : Après une nuit entrecoupée de cauchemars plus ou moins liés au confinement, je me lève d’humeur maussade. Je passe ma matinée avec un nuage noir au-dessus de la tête. Je n’ai envie de rien. J’essaye de me mettre au travail pour me changer un peu les idées. Mais je ne suis pas très efficace. La journée passe finalement assez rapidement avec cette routine à laquelle je m’astreins. Travail le matin. Repos après déjeuner, puis encore un peu de travail. En fin d’aprem, sport et cuisine. Et le soir, c’est simple je tombe comme une mouche passée 22h !

J11 : C’est ma première sortie depuis le début du confinement. Je vais acheter du pain pour les prochains jours (et des croissants tant qu’à faire), c’est calme dans les rues mais pas autant que je le pensais. De ma fenêtre la vie semble totalement au ralenti. Quelques mails à répondre même si nous sommes samedi, ça occupe un peu et un temps conséquent au téléphone pour maintenir un semblant de vie sociale. En fin d’aprem, j’apprends la bonne nouvelle pour mes deux copinautes. Trop contente pour elle. Mais du coup, l’envie de faire moi aussi ce test est decuplée. Bon, en même temps je ne peux pas faire grand-chose là maintenant un samedi soir de confinement. Mais je commence à me demander si je n’irais pas faire un tour au labo dès lundi matin…..

J12 : Réveillée par des douleurs de règles, je traine ma tristesse pendant toute la journée et je scrute ma culotte à chaque passage aux toilettes. Même si je n’ai rien, je sais que parfois les douleurs arrivent 24h avant les premiers saignements. Fataliste et désabusée, je me trouve stupide de m’être accrochée aux symptômes que j’ai ressentis depuis le transfert et qui continuent encore aujourd’hui : nausée, tiraillement ou mal de ventre, fatigue…. Impossible pour moi d’attendre plus longtemps pour avoir le verdict, j’irais faire ma prise de sang demain matin.

J13 : Réveil tôt avec de légères douleurs de ventre, mais pas encore de trace de sang même après avoir mis mes deux ovules de progestérone. J’appelle le laboratoire. Ils sont bien ouverts jusqu’à 13h. Il est 8h, ça va, je suis large. J’envoie mon petit mail à mes élèves à 8h30 tapante et je me prépare pour aller au labo. J’ai une tenue spéciale pour les sorties, je me changerai à mon retour. Je glisse masque, gants, autorisation de sortie et ordonnance dans un sac. Dehors, il fait très beau mais bien froid. Il y a la queue devant le bureau de tabac, mais le reste des commerces est fermé. Au labo, une personne devant moi. On me demande tout de même de prendre un ticket et donc d’appuyer sur un bouton touché par des milliers de personnes. Génial ! La prise de sang est rapide. Et le résultat ne tarde pas non plus.

A 12h30, on ouvre le fichier, le cœur qui tambourine dans nos poitrines. Un battement se perd en chemin. C’est négatif. Encore. Même pas un petit soupçon d’accroche malgré les symptômes, les espoirs qui ont découlé de la fausse-couche (ne dit-on pas qu’on est plus fertile après ?) et les chances de réussite qui aurait dû frôler les 100 % avec cette quatrième tentative. Non, un beau 0.2 dans la gueule. Je peux barrer le mot couvade de mon titre. Maintenant c’est échec et confinement que je vais devoir apprendre à cumuler.

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27 commentaires sur “Couvade et covid (2)

    1. Marre d’être du mauvais côté en tout cas! Je me dis que c’est peut-être l’échec utile qui va enfin me forcer à me bouger les fesses pour aller chercher ailleurs ce qui va pas, vu que dans mon centre pour le moment il n’y a aucune raison de changer quoi que ce soit au protocole…..

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    1. J’ai écrit mon petit journal au jour le jour, et j’avoue que les symptômes que j’ai eus m’y ont bien fait croire! Je n’ai rien changer, histoire d’avoir une trace et comme cela la prochaine fois je ne me laisserai pas berner par mon corps plein d’hormones (sinon j’ai tendance à oublier).

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      1. Je me suis fait la même réflexion les dernières fois et j’ai creusé un peu. En fait, en tout début de grossesse se sont les hauts taux d’oestrogènes et de progestérone, plus que le BHCG qui donnent les signes de grossesse. Logique, donc, qu’on puisse avoir les mêmes sensations sur un + que sur un -. C’est une stratégie personnelle, mais depuis que je sais ça. Je ne m’intéresse plus tellement à mes symptômes, mais (je t’autorise à me prendre pour une folle) mon ressenti: si j’ai peur de faire le test, c’est qu’il est négatif. La dernière fois en particulier, je pétais de trouille…. et il était bien clairement négatif… les deux fois où je n’avais pas peur, il était positif. Je ne me disais pas « il est positif » mais je ne craignais pas la réponse en mode « il sera probablement négatif, mais ça va, je peux supporter » ou « allez, faisons ce truc histoire d’avancer » (tu vois la nuance subtile ? hahaha). Nan, plus sérieusement, avec le bouleversement hormonal, cela ne me paraît pas complètement dingue que le corps puisse savoir… et pas forcément nous envoyer le message, c’est positif, mais un truc du genre: quelque chose a changé. Bref, je t’en mets toute une tartine, mais c’est pour que tu sois prête pour ton prochain test … positif!

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      2. Merci Winstone. Je comprends tout à fait l’importance du ressenti dans nos parcours et d’ailleurs c’était ma seule résolution de cette année : l’écouter plus. J’ai passé l’année dernière en sentant au fond de moi qu’elle serait très dure niveau PMA et elle l’a été. Dès janvier j’ai pressenti qu’on allait en chier et du coup j’ai été fataliste jusqu’à décembre. La fausse-couche de fin d’année ne m’a donc vraiment pas étonnée! Et paf, passé 2020, je me suis sentie soulagée. Ça y est, on pouvait passer à autre chose. Bon, on s’est quand même pris un négatif là, mais la suite de cette année me fait moins peur que l’année dernière.
        Pour les tests, par contre la seule fois où il a été positif, j’étais en stress totale d’aller faire ma prise de sang. C’est limite si je n’ai pas fait une mini crise de « je veux pas y aller….. » avant de partir au labo. Ptet que j’avais senti la merdouille qui allait suivre 🤷
        En tout cas je ne peux que te souhaiter que lors de la prise de prise de sang de ta prochaine FIV DO, tu sois le plus détendue du monde 😊

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  1. Merci! J’avoue que je n’ai aucune idée de comment vont se passer ces prochains jours, la tristesse et la déception venant se greffer à un climat légèrement anxiogène….
    Je crois qu’on va improviser comme tous ceux qui ont des déconvenues PMesque avec le coronavirus, et puis relativiser aussi en pensant à ce que traversent les malades, leurs familles, le corps médical…..

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  2. Je suis désolée pour vous, moi aussi j’y croyais. Et puis le contexte actuel faisant que l’on ne peut pas se projeter sur la suite n’aide pas. Prends soin de toi 😘

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    1. Oui je crois que c’est le plus compliqué, rien pour rebondir au niveau de la PMA et au niveau personnel aussi. Mais je ne suis pas la seule dans ce cas là, je vais faire comme tout le monde et prendre mon mal en patience.

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  3. Oh je suis tellement désolée… J’espère que tu trouveras les ressources pour rebondir et te remonter le moral dans le contexte actuel! Bon courage!!

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