Pour faire un enfant

Première année d’essais

Pour faire un enfant, j’ai fait tout ce qu’il me semblait possible de faire. J’ai beaucoup parlé pour convaincre Mr Patient, un peu boudé aussi lorsqu’il me disait ne pas être prêt. J’ai fait l’amour souvent et de manière plutôt désordonnée au début, puis de plus en plus calculée aidé par des tests d’ovulation achetés honteusement à la pharmacie. J’ai espéré, croisé les doigts, ai attendu patiemment puis de moins en moins patiemment.

En vain.

Deuxième année d’essais

Pour faire un enfant, j’ai fait tout ce qu’il me semblait possible de faire. J’ai vu ma gynécologue à plusieurs reprises. J’ai fait des examens qui se sont tous révélés parfaits. J’ai pris du Clomid et j’ai cru que ce médicament allait me rendre folle et dépressive. J’ai acheté des livres, j’ai lu des blogs et des messages sur des forums pour comprendre ce qui m’arrivait et me rassurer. J’ai déménagé, je suis partie en voyage et me suis donnée à 200% dans mon boulot.

En vain.

Troisième année d’essais

Pour faire un enfant, j’ai fait tout ce qu’il me semblait possible de faire. J’ai claqué la porte de ma gynécologue et j’ai pris rendez-vous en PMA. J’ai fait des examens qui ne se sont pas révélés parfaits du tout. J’ai passé des heures et des heures en salle d’attente. J’ai pris un nombre incalculables de médocs. J’ai subi des injections, des prises de sang, des échographies et deux ponctions. J’ai eu deux transferts d’embryons. J’ai prié des Dieux, des Saints et des anges gardiens dans lesquels je ne crois pas (mais on ne sait jamais sur un malentendu). J’ai invoqué les défunts que j’avais côtoyés, connus et aimés pour un petit coup de pouce d’en haut. Je me suis mise au yoga et j’ai consulté psychologue, kinésiologue et ostéopathe. J’ai publié mon premier commentaire sur un forum, puis un blog et j’ai ouvert le mien.

En vain.

Je vais entamer dans quelques jours une quatrième année d’essais avec un sentiment partagé. Je ne sais pas jusqu’où je peux (veux) aller pour avoir un enfant. Pour le moment j’ai encore l’espoir et l’envie de me battre. Mais j’ai aussi la nostalgie de ma vie d’avant, avec tellement plus de joie et de légèreté. J’aimerai tellement être au bout de ce parcours, pour savoir si mes efforts ont finalement été récompensés, mais surtout pour savoir si j’ai retrouvé ce qui actuellement me manque le plus, la personne que j’étais avant tout ça.

Loin, très loin……

C’est la deuxième fois de ma vie qu’il me semble vital de fuir loin de chez moi.

La première fois, il y a 7 ans, c’était également à la suite d’une déconvenue personnelle, mais bien différente de celle d’aujourd’hui. Nous avions alors avec Mr Patient des désirs d’expatriation. Nous avions donc fait une demande de visa pour partir vivre et travailler au Canada. Après des mois d’attente et de tractation j’obtenais mon visa, mais pas lui. Un échec difficile à vivre sur le moment. J’étais mal dans mon boulot à cette période. Suite à cette déconvenue, je posais 3 semaines de congé et nous partîmes à l’autre bout de la planète, bien loin de la France et du Canada. Je ne pouvais plus rester là où j’étais, il me fallait fuir, pour panser ma peine et réfléchir à la suite. A mon retour, j’étais prête à quitter mon CDI bien payé pour envisager une reconversion professionnelle afin de devenir prof. C’est lors de cette pause salutaire que j’ai envisagé de fonder une famille avec mon homme dans un futur proche, et de construire ma vie professionnelle autour de ce projet.

Et nous voila 7 ans plus tard, dont 3 ans à essayer de transformer ce projet en réalité. A l’aube du résultat de ce deuxième transfert. J’avais essayé de me protéger, de me préparer à ce négatif. Alors quand nous avons vu le 0.2 ui, j’ai serré les dents. Non, ça ne me touche pas. Et puis je ne peux pas craquer devant la belle-famille. Alors tant qu’ils sont là, je fais semblant. Et puis le lendemain, on va dans un bar dire au revoir à une copine (enceinte) qui part vivre en province avec son mec. Une autre de mes copines est là, de retour de voyage. J’ai pas la patate mais au début ça peut aller. Et puis, nous passons commande. Moi, mon verre de vin et les deux jus de fruit. « Je suis en jetlag » me précise mon amie tout en cherchant à changer de sujet. Merde. Pas déjà. Ca fait deux mois qu’ils sont en essais. Je regarde mon amie enceinte. Elle aussi ça faisait deux mois qu’ils étaient en essai lorsque ça a fonctionné. Et son annonce aussi était arrivée juste après mon échec et maintenant là voila enceinte de 7 mois. Je sens mon cœur grossir, grossir dans ma poitrine et mes yeux qui piquent. Je repose mes lunettes de soleil sur mon nez. Je les regarde discuter avec une telle complicité, un tel entrain. Je me sens si loin d’elles, de leurs projets, de cette entente profonde qui les réunit désormais. Je me lève et fonce aux toilettes, les larmes roulent déjà sur mes joues. J’envoie un sms à Mr Patient pour le prévenir que je m’en vais. Je reviens à table. J’arrive à peine à dire au revoir, les lèvres tremblantes. Je récupère mon vélo et roule jusqu’à chez moi en chialant comme lorsque j’avais 6 ans. Le lendemain, nous partons. A l’autre bout de la France cette fois-ci. Je ne supporte plus de rester ici. Il me faut fuir pour panser ma peine et réfléchir à la suite.

Et ma réflexion m’a amené à revoir la suite du programme. Tout était parfait dans ce dernier protocole: ma réponse au traitement, un embryon de super qualité, ma zénitude face à ce TEC. Et pourtant…….

Il nous reste 5 embryons congelés. Et j’ai peur de les gâcher les uns après les autres.

Il me reste une seule interrogation maintenant que nous savons que nous sommes capables d’obtenir des embryons de bonne qualité. L’endométriose. Celle qu’on m’a diagnostiqué, il y a 1 an tout pile, à un stade 4 avec atteinte notamment digestive. A ce moment là, on m’avait laissé le choix : chirurgie lourde avec pose de stomie ou FIV. Je m’étais précipitée en PMA. Je ne voulais pas entendre parler de cette opération.

Mais maintenant je veux bien qu’on m’en parle. Parce que peut-être qu’elle seule pourra m’apporter cette chance de porter un jour la vie. Mais j’ai tellement peur. Peur de l’opération en elle-même et ces conséquences sur ma vie. Peur qu’on m’annonce qu’il est trop tard, que la maladie est trop avancée et que je ne pourrais jamais avoir d’enfant naturellement.

Me voila de retour. Prête à affronter ce nouveau challenge pour continuer à construire ma vie autour de ce projet.

Ready GIF - Find & Share on GIPHY

You loose – try again

Comme les personnages de jeu vidéo de mon enfance qui se trimballent une petite jauge d’énergie, j’ai également eu l’impression d’avoir une jauge au-dessus de ma tête ces derniers jours, mais ce n’était pas de l’énergie qu’elle contenait plutôt de l’espoir.

Après le transfert, ma jauge était remplie au taquet. Et elle resta ainsi pendant plusieurs jours. Mon corps m’offrait tout plein de symptômes qui m’enchantaient. Vive les seins douloureux, les tiraillements dans le bas-ventre, la fatigue et les nausées. N’ayant pas le souvenir d’avoir ces mêmes symptômes lors du premier transfert négatif, je ne pouvais que m’en réjouir.

Mais un soir, peut-être cinq ou six jours post-transfert, après être allée aux toilettes j’ai remarqué une petite chose ensanglantée dans la cuvette. Ma première réaction fut de me dire qu’il s’agissait de l’embryon, ou tout du moins d’un bout de muqueuse le contenant. A part cela, je ne saignais pas. Mon espoir diminua de moitié. J’en parlais immédiatement à Mr Patient qui fut aussi attristé que moi.

Les jours qui suivirent, les symptômes redoublèrent, et ma jauge remonta également. Je m’en voulais presque d’en avoir parlé à Mr Patient. Les jours, les heures avançaient si lentement. Je ne me souvenais pas pareille torture la première fois.

Et puis le jour de l’anniversaire de Mr Patient arriva. Avec ma jauge presque remplie en entier, je me voyais déjà lui offrir un cadeau d’anniversaire qu’il n’oublierait pas de sitôt. La nuit fut courte, je me réveillais à plusieurs occasions. Vers 8h, n’y tenant plus je me ruais au toilette et dégainais un test de grossesse. Cela faisait longtemps que je n’en avais plus fait, ayant définitivement rayé de ma vie la possibilité d’une grossesse naturelle. Le verdict fut glacial. Négatif. Je remontais dans la chambre en recomptant dans ma tête les jours depuis le transfert et les transformant en dpo. J’essayais de me persuader que je m’y étais prise trop tôt, mais en vain. Il fallut passer la journée en taisant mes angoisses à mon amoureux et à sa nièce, venue passer quelques jours.

Dans la nuit suivante, une énième envie de pipi me réveilla vers 6h. Des traces rosées sur le papier toilette, un mal de ventre qui s’était bien accentué. Ça y est, mes règles arrivent. Ma jauge se mit à clignoter dangereusement.

Mais le lendemain plus aucune trace de saignements. Ma jauge remonta de quelques pourcent, pourtant je le sentais, ce sera négatif ou au mieux très faiblement positif. Je décidais donc d’avancer ma prise de sang d’un jour. Nous serions alors à 16 dpo. J’ai la soeur de M. Patient et toute sa smala qui débarque ce jour-là, mais tant pis c’est une trop grande torture, je préfère prendre le risque de découvrir le résultat en devant faire bonne figure. Et c’est ce que nous faisons. A 16h, entre deux câlins de neveux, j’attrape Mr Patient et nous regardons ensemble les résultats du labo. Taux Béta-HCG : 0.2……

L’écran noir. GAME OVER.

Game Over Love GIF by Animation Domination High-Def - Find & Share on GIPHY